La modernisation de la triade nucléaire des États-Unis : exemple de la nouvelle stratégie de défense américaine ?

10 février 2021by Thomas Bedouelle0
https://politeia-ices.fr/wp-content/uploads/2021/02/Triade_Nuclaire_la_ruche_politeia-1280x487.jpg

Le 16 juillet 1945, les États-Unis faisaient exploser le tout premier engin nucléaire dans le désert du Nouveau-Mexique. Quelques semaines plus tard, le pays largue deux bombes atomiques, détruisant Hiroshima et Nagasaki. La superpuissance américaine est de nos jours l’un des neufs États qui possèdent l’arme nucléaire. Dotés de moyens englobant tous les fronts (sol, air, mer, stratégique, tactique), les États-Unis sont aujourd’hui les détenteurs d’une triade nucléaire. Cette dernière se compose de missiles balistiques intercontinentaux (IBCM), de missiles balistiques lancés par sous-marin (SBLM) ainsi que de bombardiers lourd à capacité nucléaire. La puissance américaine a, sous l’impulsion de l’administration Trump et du Pentagone, lancé une modernisation de cette triade.

       Les États-Unis souhaitent aujourd’hui renforcer leur potentiel de dissuasion nucléaire. La modernisation des forces atomiques passe par le renouvellement de plusieurs composantes de l’arsenal : les missiles intercontinentaux Minuteman III vont être remplacés par des missiles plus performants ; une nouvelle classe au sein de la SNLE va être créée. En effet, la classe Columbia remplacera les sous-marins de classe Ohio à l’horizon 2030.  Le bombardier B21 doit remplacer les bombardiers B-1 et B-25 à partir de 2025, comme ce fut précisé dans l’United States Air Force 2018 Acquisition Annual Report. Lorsqu’il arrivera en service, le B-21 pourrait être armé du Long-Range Stand-Off Weapon, le dernier missile de croisière air-sol à capacité nucléaire. Ces projets offriraient au Pentagone une composante aérienne particulièrement opérationnelle au sein de la Triade. 1,2 milliards de dollars sont prévus pour cette actualisation de la défense états-unienne, qui a donc pour objectif de couvrir la triade de vecteurs nucléaires, d’ogives, d’infrastructures de soutien et de systèmes de commandement et de contrôle.

      Le chef de file de ce projet de modernisation est le groupe Northrop Gruman, troisième plus gros fabricant d’armes aux États-Unis. Ce conglomérat américain est associé à d’autres compagnies, telles que Aerojet Rocketdyne, Bechtel ou encore Clark Construction. Au total, ce sont environ 10 000 personnes qui travaillent sur ce programme. Ces projets s’inscrivent dans la remontée en puissance des forces nucléaires des États-Unis, comme l’illustre le budget 2020 que la Maison Blanche y consacre : 16,5 milliards de dollars pour l’administration de la sécurité nationale nucléaire (NNSA), qui entretient le stock nucléaire américain. Ce projet illustre l’évolution de la politique américaine concernant les armes nucléaires. La Revue de la Posture Nucléaire publiée par l’administration Trump en 2018 marque une rupture quant à la politique de désarmement nucléaire. Ce rapport, publié tous les huit ans, détermine le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de défense américaine. En 2010, ce rapport mettait encore l’accent sur la stratégie de désarmement nucléaire, pivot des relations internationales. Aujourd’hui, nous sommes témoins d’une modification de cette politique. Dans un « contexte de sécurité dégradé », la défense américaine rompt avec l’objectif de réduction du nombre et du rôle de ces armes, symbolisant le retour du pays dans la compétition des grandes puissances atomiques.

      Depuis la fin de la Guerre Froide, nous assistions à la baisse du nombre d’armes nucléaires dans le monde, notamment grâce aux traités de non-prolifération signés entre les Etats-Unis et la Russie, ces deux pays possédant environ 90% de l’arsenal nucléaire mondial (Source : Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, Sipri) Le but était de tendre vers un monde dénucléarisé. Les Etats-Unis ont cependant toujours été clairs sur ce point : ils resteront une puissance nucléaire de première ordre tant que l’arme nucléaire existera. Aujourd’hui, la perception de cette arme de destruction massive dans le système international a changé.

      De nombreuses puissances modernisent leurs forces dans ce domaine, et la Chine tend à émerger en tant que nouvelle puissance nucléaire, comme l’illustre la présentation de la nouvelle version de son bombardier stratégique H6-N. Cela mène à un regain des armes nucléaires dans la stratégie américaine de défense. Cette modernisation peut être mise en rapport avec le Traité New Start, établi en 2010, et dont la renégociation doit s’effectuer en 2021. Ce traité, qui avait été signé par les présidents Obama et Medvedev dans le but de maintenir la course aux armements nucléaires, connait un avenir incertain. Après que le président Donald Trump a renié l’accord sur le nucléaire iranien, le traité sur les missiles terrestres de moyenne portée, ainsi que celui sur la vérification des mouvements militaires, qu’en sera-t-il du Traité New Start ? Pour l’instant, rien n’est encore décidé. Les États-Unis souhaitent plus de garantie concernant la réduction de l’arsenal nucléaire russe, ainsi que le passage d’un traité bilatéral à celui d’un traité multilatéral, incluant la Chine. Cette dernière est en effet accusée par l’administration Trump de posséder un « arsenal secret ».

      L’Iran représente également un acteur majeur de cette possible prolifération nucléaire. En effet, en 2015, le pays a annoncé qu’il réduirait graduellement ses engagements envers l’accord nucléaire de 2015. Cet accord, nommé Joint Comprehensive Plan of Action, avait été signé en 2015 par Téhéran et le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie et Allemagne). Il prévoyait une diminution de l’arsenal nucléaire iranien, diminution qui a bien eu lieu jusqu’à l’arrivée au pouvoir du Président Donald Trump. Ce dernier, en fustigeant le traité, annonce une nouvelle donne dans le programme militaire. Conséquence de cette intensification du programme nucléaire iranien : le stock d’uranium faiblement enrichi de l’Iran, de 1020 kilos, est désormais cinq fois supérieur au seuil autorisé, selon un rapport de l’Agence international de l’énergie atomique du 3 mars 2020. Cela a mené plusieurs pays du Proche et Moyen-Orient, tel que la Turquie, à réfléchir à une stratégie nucléaire.

 

Nous assistons donc à une potentielle escalade des puissances nucléaires, chaque pays préférant perfectionner son arsenal nucléaire dans un souci de défense. Ces derniers s’écartent de l’objectif de limite du rôle des armes nucléaires, et mettent plutôt l’accent sur l’« élargissement » des options nucléaires. Se dirige t’on vers une nouvelle course aux armements nucléaires ?

 

Claire Courtin, L3 Science Politique

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

PoliteiaNous contacter ?
Participer à une conférence, soumettre un article, une idée ... n'hésitez pas à nous contacter !
ICESNous trouver ?
Politeia est accueillie par l’Institut Catholique de Vendée ICES
Depuis 1990, au cœur de la Vendée, l'Institut Catholique de Vendée propose l'université dans un contexte d'école.
Calendrier Events à venir
Pas d'événement actuellement programmé.
Rejoignez nousRéseaux Sociaux de Politeia
Suivez notre activité régulière sur nos différents réseaux
PoliteiaNous Contacter ?
Participer à une conférence, soumettre un article, une idée ... n'hésitez pas à nous contacter !
Calendrier Events à venir
Pas d'événement actuellement programmé.
ICESNous trouver ?
Politeia est accueillie par l’Institut Catholique de Vendée ICES
Depuis 1990, au cœur de la Vendée, l'Institut Catholique de Vendée propose l'université dans un contexte d'école
Suivez nousRéseaux Sociaux de Politeia
Suivez notre activité régulière sur nos différents réseaux

Copyright Aphea Consulting  x Politeia. Tous droits réservés

Copyright Aphea Consulting x Politeia. Tous droits réservés