Matteo Salvini, l’homme qui s’est vu premier ministre trop tôt

25 novembre 2020by Thomas Bedouelle0
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Dans un paysage politique instable, Matteo Salvini dirigeant de la Ligue, un parti d’extrême droite, est passé tout près de devenir premier ministre en août 2019. Aujourd’hui en difficulté suite à l’échec de ce coup de poker, il aborde dans l’incertitude les prochaines élections législatives. Explications.

Nous sommes le 4 Mars 2018, Matteo Salvini exulte : sa coalition de partis de droite vient de remporter les élections générales italiennes, réunissant près de 37% des suffrages. Emu, il déclare : “Mon premier mot est : MERCI !” (Twitter, 5/03/2018). Autre bonne nouvelle de la soirée : la victoire de son parti La Ligue sur Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi (l’autre grand parti de la coalition). La Ligue quadruple en effet son score de 2013, passant de 3% à un peu plus de 17%, tandis que Forza Italia ne parvient à réunir que 14% des suffrages.

L’avènement du Mouvement 5 Étoiles

Salvini n’est pas le seul vainqueur de ces élections. Le Mouvement 5 Étoiles (Movimento 5 Stelle en italien) avec à sa tête Luigi di Maio est le parti ayant réuni le plus de voix (près de 33 % des suffrages). Où placer le M5S sur l’échiquier politique? Les commentateurs européens ont beaucoup de mal à coller une étiquette sur ce parti, mais ils l’ont finalement qualifié d’antisystème. Il se déclare en effet libéral, souhaitant lutter contre “les dérives de la finance”. Il est également écologiste et pro-européen  (le parti a abandonné la sortie de la zone euro qu’il prônait à ses débuts). D’un autre côté, le parti soutient une politique anti-immigration, se prononçant contre le droit du sol et favorable à un durcissement du droit d’asile. Par exemple, la branche française du parti souhaite réduire l’immigration légale à 150 000 personnes par an. Le parti exalte le sentiment de patriotisme italien, qu’il n’oppose pas à un patriotisme européen. Les contours du programme du parti sont très flous, le professeur de science politique Marco Laudonio explique à ce sujet que « C’est ce que les Anglo-Saxons appelleraient un marketing-oriented party”. Un mouvement attrape-tout, qui s’encombre peu de contradictions » (Le Monde 5/03/2018).

Le parti galvanise la colère des italiens contre les partis préexistants, qui n’ont pas su faire face à la crise économique de 2008. Ce programme, pouvant sembler contradictoire, a permis à des électeurs provenant de nombreux horizons politiques de s’agréger autour du M5S. Ainsi, selon la définition de l’Académie Française, on peut qualifier le M5S de parti populiste : “Une attitude, un comportement d’un homme ou d’un parti politique qui contre les élites dirigeantes, se pose en défenseur du peuple et en porte-parole de ses aspirations”.

Un pays triplement fracturé

Les géographes italiens ont longtemps distingué deux Italie. C’est la fracture historique entre le Nord et le Sud. Aujourd’hui ils en distinguent une troisième, celle du Centre.

Le Nord représente 46% de la population et plus de 55% du PIB. Elle comprend la puissante région de la Lombardie qui contribue à elle seule à près de 20% du PIB pour 10% de la population. C’est  dans le triangle Milan-Turin-Gènes qu’a eu lieu le premier boom économique des années 50-60. C’est ici aussi que se trouve la place boursière (Milan) et la majorité des emplois industriels.

L’autre Italie est le Mezzogiorno, qui représente l’Italie du Sud, historiquement moins développée que le Nord. Le Sud représente 34% de la population, mais seulement 23% du PIB. La région regroupe 6 chômeurs sur 10 et ¾ de pauvres (source : Dessous des Cartes, L’Italie un laboratoire européen).

Depuis les années 90, se distingue une troisième Italie dite du centre. Cette région repose sur de petites entreprises à forte valeur ajoutée, comme dans le luxe par exemple. Ses résultats économiques sont plus équilibrés : en effet la région représente 20 % de la population pour 22 % du PIB.

Cette fracture sociétale se répercute au niveau politique :

  • l’Italie du Nord vote pour La Ligue (en vert sur la carte), avec les fiefs de la Lombardie, du Piémont et de la Vénétie
  • l’Italie du Centre vote pour le Parti Démocratique de centre-gauche, avec la Toscane et l’Emilie-Romagne (en orange sur la carte)
  • Le Mezzogiorno (La Sicile et la Sardaigne inclus) vote pour le Mouvement 5 étoiles (en jaune sur la carte)

 

L’Histoire de Salvini et de La Ligue

Matteo Salvini prend la tête de La Ligue du Nord en 2013 à la suite des élections législatives défavorables pour le parti. Ce dernier réunit moitié moins de d’électeurs que 5 ans plutôt (4% contre 8% auparavant). A cette période, le parti s’appelle encore La Ligue du Nord. Il se concentre sur la lutte pour l’indépendance fiscale vis-à-vis du Sud, dénigrée et considérée comme un poids pour l’Italie du Nord. La Ligue du Nord est un allié traditionnel de Forza Italia et participe au quatre gouvernements Berlusconi (1994-1995; 2001-2005; 2005-2006; 2008-2011). Le parti oscillait jusque-là entre 4 et 12% des voix aux élections, et était considéré comme une force d’appoint.

L’arrivée de Matteo Salvini change la donne. Il abandonne en effet le thème de l’indépendance de la Padanie (l’Italie du Nord dans le vocabulaire du parti) pour se concentrer sur des problématiques plus nationales, notamment l’immigration. Il a surfé sur la peur suscitée par la vague migratoire de 2015-2016 qui a particulièrement affecté l’Italie, terre d’arrivée des migrants en Europe. Il entretient également une grande méfiance à l’égard de Rome pour satisfaire son socle historique, et à l’égard de Bruxelles, vue par la majorité des Italiens comme une institution oppressante représentant un danger pour la souveraineté du pays. Le style très populaire de Salvini contribue à augmenter sa côte de popularité au sein de la population. Il développe notamment l’image d’un homme politique proche du peuple grâce à une très grande proximité avec ces électeurs (les Italiens ont pu prendre des photos avec lui à la plage par exemple) et une communication directe et régulière via de nombreux lives.

Son style et son positionnement plaisent beaucoup à la population, notamment au sein de l’électorat de droite plus classique, mené par un Berlusconi émoussé par les scandales et le pouvoir. Ainsi, Salvini fait une razzia sur l’électorat de Forza Italia, qui perd alors près du tiers de ses électeurs (de 22 à 14%). La droite arrive donc en tête des élections de 2018 avec La Ligue comme premier parti de droite. La victoire est totale pour Salvini.

La coalition

La coalition menée par Salvini manque de peu la majorité absolue, avec 37% au lieu des 40% nécessaires. Le prochain gouvernement est donc destiné à devenir un gouvernement de coalition. L’Italie, coutumière de l’instabilité politique, s’apprête à vivre des négociations compliquées. Les possibilités d’un gouvernement minoritaire de droite, de gauche ou de coalition européenne entre le PD et Forza Italia sont rapidement rejetées. Mateo Renzi, ancien Premier Ministre et dirigeant du PD à l’époque, offre une fin de non-recevoir au M5S. Les négociations s’orientent donc vers une coalition entre La Ligue et le M5S (malgré l’opposition à une telle coalition lors de la campagne), qui obtiendraient à eux-deux 353 députés, soit plus que la majorité absolue de 315 députés.

Les discussions commencent, et les deux partis trouvent très vite un terrain d’entente, et désignent Giuseppe Conte, un politique indépendant comme Président du Conseil de leur gouvernement. Luigi di Maio et Matteo Salvini se réservent chacun un poste de vice-président (le développement économique pour di Maio et l’intérieur pour Salvini). Conte présente son gouvernement au président Sergio Mattarella, qui bloque la nomination de ce gouvernement en raison de la présence au ministère de l’économie de Paolo Savona, ouvertement opposé à l’euro (le Président est élu par le Parlement c’est-à-dire le Sénat et la Chambre des Députés réunis, il a un rôle honorifique mais il est considéré comme le garant de la Constitution qui lui donne le pouvoir d’investir ou non un gouvernement). Après avoir chargé sans succès Sergio Cottarelli de former un gouvernement, Mattarella finit par trouver un terrain d’entente avec Conte. Le gouvernement Conte prête serment le 1er Juin 2018.

Une cohabitation au pouvoir compliquée

La coalition M5S-Ligue a été très instable et s’est transformée au fil des mois en une cohabitation gouvernementale. Giuseppe Conte lui-même, affirma dans un discours au Sénat que le gouvernement n’avait pas rempli sa mission initiale qui était de “répondre à l’insatisfaction des citoyens” . En effet, pendant près de quatorze mois, Luigi Di Maio et Matteo Salvini se sont plus opposés qu’entenudus. Il y avait malgré tout des convergences, comme la lutte contre les ONG réalisant des sauvetages de migrants en Méditerranée (Salvini ne permit à aucun de ces bateaux d’accoster en Italie). La lutte contre Bruxelles a également uni les deux hommes. Bruxelles ouvrit une procédure de sanction contre Rome en Décembre 2018 en raison du budget italien qui ne prenait pas en compte les critères de Maastricht et notamment le respect des 3% de déficit. Salvini et Di Maio reportèrent chacun une de leur mesure phare (l’abaissement de l’âge du départ à la retraite pour La Ligue et l’instauration du revenu universel pour le M5S) pour contenter Bruxelles.

Malgré les tensions apparentes, le gouvernement Conte parvint à passer un certain nombre de mesures, notamment une baisse des taxes sur les entreprises. Giuseppe Conte fut éminemment critiqué pour son manque de leadership. Il n’est pas parvenu à tenir en respect Matteo Salvini, qui est devenu aux yeux des Italiens le véritable Président du Conseil. Tant bien que mal, le gouvernement fonctionna jusqu’à fin mai 2019. Le 25 mai, les élections européennes furent marquées par une victoire éclatante pour La Ligue et une défaite cuisante pour le M5S. La Ligue obtint en effet plus de 34% des voix, tandis que le M5S ne récolta que 17% des voix. Matteo Salvini vit dans cette victoire une opportunité de se débarrasser du M5S pour former un gouvernement de droite via des élections anticipées.

Le pari raté

Il commence ainsi à attaquer ouvertement Conte et le M5S. Il utilise le sujet du chantier du tunnel ferroviaire Lyon-Turin pour déclencher la crise : il fait voter le 7 août une motion approuvant le chantier, alors que le M5S y est historiquement opposé. Le 8 août, il réclame la démission du ministre des Infrastructures et des Transports Danilo Toninelli, de la ministre de la Défense Elisabetta Trenta, accusée de freiner le déploiement de troupes en Méditerranée, et du ministre de l’Economie Giovanni Tria, considéré comme trop favorable à Bruxelles. Conte tente de trouver un terrain d’entente avec Salvini, mais ce dernier n’en a cure et souhaite des élections anticipées qu’il pressent favorable pour lui. Le jeudi 8 août au soir, Conte demande publiquement des explications sur “les raisons qui le conduisent à interrompre brusquement l’action du gouvernement”. Dans le même temps, La Ligue se prononce en faveur de nouvelles élections dans un communiqué : “la seule alternative à ce gouvernement est de redonner la parole aux Italiens avec de nouvelles élections”.

Le vote d’une motion de censure est programmé le 20 août. Au Sénat, Giuseppe Conte et Matteo Salvini se rendent coup pour coup, Conte accusant Salvini de “manque de culture constitutionnelle » et Salvini accusant le M5S de « fascisme » pour ne pas vouloir se confronter aux urnes. Conte, préférant éviter l’humiliation du vote de la motion de censure, se retire du Sénat pour se rendre au palais présidentiel présenter sa démission à Sergio Mattarella. Le plan de Salvini semble parfaitement fonctionner.

Le PD va trouver dans cette crise le moyen de revenir au pouvoir. Alors qu’il avait présenté une fin de non recevoir au M5S l’année précédente, Matteo Renzi se déclare désormais favorable à cette  coalition. Contre tout attente, le M5S et le PD réussissent à se mettre d’accord et forment un nouveau gouvernement. L’entente entre les 2 formations est d’autant plus simple qu’elles ont toutes les 2 de bonnes raisons d’éviter des élections qui pourraient marquer une victoire de La Ligue. L’accord est suspendu à un vote des adhérents du M5S, qui approuvent à près de 80% la nouvelle coalition. Le 9 septembre, après une semaine de négociation sur le programme de la coalition, le gouvernement reçoit la confiance de la chambre des Députés.

La défaite est donc double pour Matteo Salvini, qui n’est plus au gouvernement et qui n’a pas obtenu d’élections anticipées. Ce “but contre son camp” comme il le dira à la RAI quelques jours plus tard, marque un coup d’arrêt dans son ascension politique fulgurante. Lui qui se voyait déjà Président du Conseil, avait commencé à faire campagne sur les plages italiennes, a été rattrapé par les jeux de pouvoir qui structurent le système politique italien.

La Ligue contestée et concurrencée

Depuis cet épisode malheureux, Matteo Salvini n’a plus la cote. La Ligue, même si elle reste en tête dans les sondages, n’est accréditée que de 22 à 24% des suffrages, contre plus de 40% avant la crise politique d’août 2019. Le parti est désormais concurrencé par le PD, qui a réussi à créer un “front anti-Salvini”. Le parti de centre-gauche a été capable de défendre ses bastions d’Emilie Romagne en janvier et de Toscane en septembre. Matteo Salvini avait fait de ces scrutins un enjeu national, rendant sa défaite encore plus cuisante.

La coalition gouvernementale fonctionne bien, le gouvernement a enfin un chef clair incarné par un Giuseppe Conte revigoré par la crise politique. Cette coalition gouvernementale a permi de stopper l’hémorragie du PD au niveau régional. Désormais, quand le M5S et le PD sont alliés, La Ligue, même avec l’appui de Forza Italia et de Fratelli d’Italia, ne gagne pas. Néanmoins, le PD est sur une ligne de crête puisque même dans ses deux bastions de l’Emilie-Romagne et de la Toscane, la coalition de droite récolte respectivement 43% et 40,5% des voix. La progression de la droite est indéniable, et le PD n’a fait que se défendre pour l’instant. Ces victoires sont fragiles et reposent sur l’appui du M5S. En effet, en Marches, seule région où le M5S a concouru seul au mois de Septembre, le PD a perdu au profit d’une coalition de droite mené par Fratelli d’Italia.

Fratelli d’Italia, nouveau concurrent à droite

Au delà de la résistance innatendue du PD et du M5S, le plus grand danger pour Salvini est la montée en puissance de Fratelli d’Italia. Alors que le rapport de force semblait être à l’avantage de La Ligue (Fratelli d’Italia n’avait récolté que 4,4% des suffrages en 2018), Fratelli d’Italia se rapproche dangereusement de la Ligue avec près de 17% des intentions de votes selon les sondages. Aujourd’hui, le leadership à droite de La Ligue acquis en 2018 est déjà contesté.

Giorgia Meloni, dirigeante de ce parti, se différencie de Matteo Salvini par son style plus policé et moins clivant. Au niveau idéologique, Fratelli d’Italia prône un conservatisme social et l’augmentation de l’aide aux plus pauvres. La formation est historiquement plus proche du centre droit que de l’extrême droite. Meloni a déjà été Ministre lors du dernier gouvernement de Berlusconi. La poussée de Meloni dans les sondages s’explique par une cohérence politique, puisque la formation n’a pas suivi La Ligue dans la coalition avec le M5S. Meloni a ainsi pu allègrement critiquer cette entente “contre-nature”. La montée de Fratelli d’Italia peut être vue comme un agacement face aux outrances de Matteo Salvini depuis la crise politique. Meloni a pu récupérer les électeurs du Sud de l’Italie, séduits par le programme social du parti. On assiste en quelque sorte à un repli de La Ligue au Nord, sa région d’origine.

On pourrait se dire que les deux formations sont complémentaires, si La Ligue est forte au Nord et Fratelli d’Italia forte au Sud. Cette interprétation se doit d’être nuancée, comme l’affirme l’historien Giovanni Orsina au mois de février dernier « si la Ligue baisse tandis que Fratelli d’Italia continue à progresser, alors, pour l’un comme pour l’autre, ça deviendra très compliqué. » (Le Monde 5/02/2020). En effet, dans la configuration actuelle, il n’est pas sûr que Meloni laisse le poste de Premier Ministre à Salvini. Leur programme économique est diamétralement opposé, ce qui peut rendre difficile la mise en place d’un programme de coalition. Si La Ligue avait été plus puissante, elle aurait pu imposer ses idées à Fratelli d’Italia, or rien n’indique qu’elle en a toujours le pouvoir.

Les “sardines”, opposantes inattendues

Enfin, il y a un réveil de la société civile face aux “outrances” de Matteo Salvini. Ainsi, au moment des élections en Emilie-Romagne, est né le mouvement des sardines. Ce mouvement pacifique et surtout apolitique entend lutter contre la violence en politique. Il est né suite à la volonté d’organiser une contre-manifestation au grand meeting de Salvini à Bologne, pour soutenir sa candidate en Emilie-Romagne, Lucia Bergonzoni. Les sardines se réunissent sur la Piazza Maggiore au centre de la ville. Ils se tiennent serrés comme des sardines en boîte pour faire bloc face à Salvini. Et comme les poissons sont silencieux, ils manifestent dans le calme pour s’opposer au vacarme de La Ligue. Le mouvement prend rapidement de l’ampleur, et des manifestations réunissant jusqu’à 100 000 personnes fleurissent au Nord de l’Italie et à Rome.

Manifestations des sardines à Rome le 14 décembre 2019 (Radio Canada).

Si le mouvement a été stoppé par l’épidémie de Covid-19, très meurtrière en Italie, il n’est pour autant pas mort dans les esprits. On ne sait pas si les sardines se manifesteront lors des prochaines échéances électorales, néanmoins l’opposition à la violence et à la division provoquée par Salvini est réelle. La montée de Fratelli d’Italia peut aussi être analysée sous cet angle. Il y a manifestement une certaine lassitude chez les Italiens vis-à-vis de la méthode Salvini.

Le “Gregoretti”, nouveau caillou dans la chaussure de Salvini

Au mois de juillet 2019 Matteo Salvini, alors Ministre de l’Intérieur du gouvernement Conte, refuse de laisser débarquer le navire des gardes côtes Italien, le “Gregoretti”. Il y avait à son bord 116 migrants. La justice sicilienne poursuit Matteo Salvini pour “abus de pouvoir et séquestration de personne”. Salvini encourt jusqu’à 15 ans de prison pour cette affaire. L’audience a été repoussée, puisque la Justice souhaite entendre Giuseppe Conte, Di Maio en tant que chef de la diplomatie, et Luciana Lamorgese, l’actuelle ministre de l’intérieur. Les sénateurs ont voté en février dernier la levée de l’immunité parlementaire de Salvini, pour que celui-ci puisse être jugé. L’affaire n’en est pour l’instant qu’aux audiences préliminaires et le juge peut tout à fait décider de classer l’affaire sans suite.

La stratégie de la défense des avocats de Salvini est d’impliquer Conte, en affirmant que le refus de débarquement était une décision collective, et non pas une décision de Salvini seul. Il paraît peu probable que Salvini paie ses accusations sur le plan politique, puisque ses supporters approuvent la manœuvre. Néanmoins une élimination de Salvini de la course aux prochaines législatives prévues en 2023 (si la coalition PD-M5S tient jusque là) est possible. Salvini ayant pris ce genre de décision de multiples fois, cette affaire sicilienne n’est que la première d’une longue série (il risque en effet d’être poursuivi pour avoir refusé de laisser débarquer le navire Open Arms en août 2019). Ces procès pourraient le détourner un temps de l’arène politique, laissant encore plus d’espace à Meloni et à Fratelli d’Italia.

Matteo Salvini est-il réellement fini ?

La situation politique est incertaine. L’Italie a un premier ministre très populaire, mais qui n’a pas de parti politique (même s’il est réputé proche du M5S). Il est donc compliqué pour Giuseppe Conte de capitaliser sur sa popularité (66% d’opinion favorable d’après le dernier baromètre Ipsos). La scène politique italienne est en pleine reconstruction, le bipartisme PD-Forza Italia ayant disparu, laissant place à quatre partis politiques qui se tirent la bourre et se tiennent dans une même fourchette : le PD, La Ligue, le M5S et Fratelli d’Italia. Il est impossible de dire qui ressortirait vainqueur lors d’élections législatives à l’heure actuelle. La politique italienne est changeante, et les petits jeux politiciens y ont leur importance plus qu’ailleurs. Le pays a en effet connu près de soixante gouvernements depuis la seconde guerre mondiale.

Le contexte politique n’est lui-même pas favorable pour Matteo Salvini. Avec la pandémie, les scientifiques ont remplacé les politiques sur les plateaux télés. Ainsi, le sujet de prédilection de Matteo Salvini, l’immigration, n’est plus la priorité des Italiens. La Lombardie, bastion de La Ligue a été la région la plus touchée d’Europe par le virus, et l’est encore à l’heure actuelle avec la seconde vague. Les Italiens se concentrent donc désormais sur l’économie, dans un pays décimé par le chômage où la dette atteint les 160 % du PIB. Salvini n’a pas réussi à capitaliser sur la grogne provoquée par les restrictions en Italie. Quand il est venu soutenir les manifestants le 30 octobre 2020, il a rapidement été chassé par ces derniers.

Les obstacles s’accumulent donc pour Matteo Salvini, que l’Italie voyait il y a un peu plus d’un an comme Premier ministre. Massimilano Pananari, politologue à l’université Mercatorum de Rome, estime que “Salvini est au centre d’une tempête parfaite” (Les Echos 6/08/2020). Il est en effet fragilisé de toutes parts dans son propre camp avec la montée de Fratelli d’Italia, et dans l’opposition avec la résistance innatendue du PD allié au M5S, un premier ministre populaire dont la gestion de crise est saluée par les Italiens. De plus, son style violent et provocateur est contesté par la société italienne, via notamment le mouvement des sardines. Néanmoins l’implantation de la droite en Italie n’a jamais été aussi solide, et comme le dit l’adage “il ne faut jamais enterrer personne en politique” surtout pas en Italie. Ce n’est pas Silvio Berlusconi, adepte de l’éternel retour, qui dira le contraire.

Article écrit par Léo Major.

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