Le crack: l’enfer parisien

14 novembre 2022by Lucas Perriat0
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Au nord de la capitale, coincé entre les bretelles du périphérique et de l’autoroute A1, sur près de deux hectares sordides s’étend un terrain vague aussi appelé la colline du crack. Terrain, devenu depuis une quinzaine d’années, le repère de toxicomanes tombés dans l’enfer du crack. Rongés par la drogue, le 10ème, le 19ème mais surtout le 18ème arrondissement de Paris sont depuis plusieurs années devenus le théâtre de la plus grande crise de drogue de la capitale. Oubliez donc la vision romantique de Woody Allen dans “Midnight in Paris”, qui est désormais très écartée du quotidien des riverains. Sur un sol nu et poussiéreux, jonché de lames rouillées et de pipes à crack, de nombreux consommateurs arpentent quotidiennement la colline en quête de drogue, esquivant les abris de fortune et côtoyant la misère et l’insalubrité.

La colline du crack, située à Porte de la Chapelle dans le 18ème arrondissement, est devenue le symbole d’une crise de la drogue dans le nord de Paris. Bien que ce quartier populaire ait depuis longtemps ses défis à relever, les résidents estiment que le marché du crack a considérablement aggravé la situation qui auparavant était déjà difficile. À la colline, le crack est disponible en étalage 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Faussant l’image d’une drogue bon marché, les prix du crack vont de 10 à 20 euros la galette, ce qui permet 3 à 5 consommations. Cette drogue est certes à portée de main des consommateurs, mais nécessite des moyens à long terme à cause de ses effets addictifs et nocifs. Certains toxicomanes se prostitueraient dans les lieux publics, d’autres seraient obligés de voler ou dealer seulement pour financer leur consommation, donnant lieu à des scènes de chaos et de bagarres quotidiennes entre consommateurs. Ainsi un véritable quotidien organisé autour de la consommation s’est créé, procurant un sentiment d’insécurité et d’oubli chez les riverains. 

Proche de la cocaïne, le crack est obtenu grâce à la dilution et au chauffage de la chlorhydrate de cocaïne. Cette dernière ne devient du crack que lorsqu’au lieu d’être purifiée pour devenir de la cocaïne, elle est mélangée avec d’autres produits lors de sa cuisson. Il s’agit généralement de résidus de bicarbonate de soude et d’ammoniaque. Sous forme de caillou, la consommation de crack entraîne une recrudescence d’énergie et d’euphorie. Les performances physiques, tout comme les performances intellectuelles sont augmentées. Les effets du crack, qui surviennent en quelques secondes, donnent aux consommateurs une plus grande confiance en eux, et ils perdent la sensation de faim et de fatigue pendant 5 à 10 minutes. Une fois les effets estompés, les consommateurs subissent une phase de dépression pendant laquelle ils sont désagréables, irritables. La consommation de crack peut aussi être à l’origine de convulsions, de forts mots de tête, de tachycardie, d’insomnie, d’hémorragie cérébrale, d’accident vasculaire cérébrale et de détresse pulmonaire, mais dans la plupart des cas elle conduit à une forte dépendance conduisant à l’isolement et à la rupture sociale du consommateur. Une étude réalisée par l’OFDT et l’Inserm recensait près de 42 800 consommateurs réguliers de crack en France en 2019, chiffre qui a triplé par rapport à 2010. Parmi ceux-ci, environ 13 000 usagers sont à Paris, dont quelques centaines constituent le noyau dur des scènes de consommation à ciel ouvert dans le nord-est de la capitale.

Évacués plus d’une quinzaine de fois depuis leur installation au début des années 2000, les toxicomanes furent définitivement déplacés de la colline en 2019. Puis ils migrèrent un temps autour de la place Stalingrad, laissant place à des conflits de plus en plus nombreux , face aux riverains. Notamment dans le quartier Stalingrad la nuit du 4 mai 2021, des riverains, excédés par la présence des toxicomanes, auraient lancé des projectiles puis des tirs de mortiers afin de faire fuir les groupes de consommateurs et de dealeurs. Suite à de nombreux appels à l’aide de la Mairie de Paris vers l’Etat, la décision de les transférer dans les jardins d’Eole, un parc du 18ème arrondissement fut prise. Cela n’a pas interrompu les mobilisations des riverains. Après plusieurs mois d’échauffourées avec le voisinage, ils furent une fois de plus délogés vers rue Riquet, puis vers le Square de la Porte de la Villette. Après ces années d’errance, pour s’opposer définitivement à l’arrivée des toxicomanes vers les quartiers proches tels que Aubervilliers et  les Pantins, les autorités bloquèrent le tunnel qui permettait de s’y rendre en y bâtissant un mur, baptisé “le mur de la honte”.

Suite aux nombreux démantèlements, la mairie de Paris et la préfecture assureraient conjointement avoir pris en charge une quarantaine de personnes pour les reloger. L’association Aurore se serait occupée d’une trentaine d’autres personnes. La plupart aurait été placée dans des hôtels sous la condition inéluctable de participer à un programme de désintoxication. Un bon nombre serait revenu à leur campement d’origine à la porte de la Chapelle, porte de la Villette ou encore Stalingrad. Doté d’un budget de 9 millions d’euros, un plan a permis de financer des organismes comme Charonne et d’offrir des dizaines d’options de logement temporaire aux usagers. Au moins deux fois par semaine, des travailleurs sociaux de ce groupe humanitaire distribueraient des tuyaux propres, des kits sanitaires, des pipes à crack, des préservatifs et des serviettes hygiéniques. Les travailleurs humanitaires affirmeraient que de nombreuses femmes toxicomanes sont contraintes à la prostitutions et qu’au moins une demi-douzaine de toxicomanes y sont morts en 2021. La présence de travailleurs sociaux apparaît comme une forme de soulagement dans ce lourd quotidien. Mais cette présence peut difficilement être considérée comme une solution durable.  

Au plus fort de la crise migratoire européenne en 2015, le quartier serait devenu un point de ralliement pour les personnes cherchant refuge en France. Les autorités y ont construit un abri temporaire, mais il était sous-dimensionné et laissant des centaines de ces personnes dans la rue. Beaucoup sont restés après le démantèlement du refuge en 2018. La problématique du crack à Paris apparue dans les années 1990 a donc connu une grande acuité ces derniers temps et semble loin d’être réglée. Elle constitue pour la Mairie de Paris et l’Etat un défi de grande taille pour les années à venir.

Athénaïs C.

Lucas Perriat

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