Chypre : une zone de tensions entre la Grèce et la Turquie

9 février 2021by Thomas Bedouelle0
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La relation entre la Grèce et la Turquie est marquée par de nombreux différends. Si l’actualité témoigne de l’affrontement en mer Egée, il est un autre point de tension qui constitue un enjeu majeur au sein de ces relations Gréco-Turques : celui de Chypre. État situé dans l’est de la mer Méditerranée, son histoire fut mouvementée. L’île subit des tutelles successives : hellénique, romaine, byzantine, arabe, franque, vénitienne, ottomane et enfin britannique. Elle est aujourd’hui divisée, comme le témoigne le mur construit au sein de Nicosie, sa capitale. Au nord vit la communauté turque, au sud le peuple grec. Cette séparation, appelée « ligne verte », symbolise le conflit subsistant depuis plus d’un demi-siècle entre ces deux ethnies vivant dans un même pays.

Enosis ou Taksim : un pays tiraillé entre deux identités

L’île de Chypre se situe en Méditerranée orientale, près des côtes de Turquie, de Syrie, du Liban, d’Israël et d’Égypte. Cela la place au contact direct d’une zone particulièrement instable : le Proche-Orient. Initialement le pays était peuplé de Grecs, jusqu’au XVIème siècle où une minorité turque s’y installe. La fin de la Première Guerre Mondiale marque la fin de la cohabitation pacifique entre les deux nations. L’île devient une colonie britannique, et deux désirs d’autodétermination émanent de chacun des peuples : les chypriotes grecs souhaitent être rattachés à la Grèce, volonté établie sous le nom d’enosis, tandis que la minorité turque souhaite une partition de l’île, autrement dit taksim. Les britanniques s’allient aux Turcs, hostiles à un rattachement de la Grèce. L’année 1960 marque l’indépendance du pays et la mise en vigueur de la Constitution chypriote, inaugurant le traité de garantie, qui accorde « un droit d’intervention militaire au Royaume-Uni, à la Grèce et à la Turquie, pour rétablir l’ordre constitutionnel si celui-ci venait à être modifier ». L’indépendance voit les violences se multiplier entre les deux pays, signant le début de ce conflit communautaire qui n’a toujours pas cessé aujourd’hui. En 1964, l’Organisation des Nations Unies décide d’agir et envoie les forces de maintien de la paix pour faire cesser ces violences. La Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre est créée par la résolution 186 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ces actions de l’ONU sont vaines : en 1974 la Turquie, par peur d’un coup de force grec, fomente un coup d’État pour annexer l’île. Cette opération offensive militaire, nommée opération Attila, se soldera le 23 juillet par un cessez-le-feu qui accorde 3% de l’île à la minorité turque. Une seconde opération effectuée un mois plus tard, Attila II, verra finalement 38% de l’île cédée aux Turcs. Cela ne suffit pas à la communauté, qui proclamera son indépendance le 15 novembre 1983, en réaction à la tentative de rattachement de l’île à la Grèce par un groupe d’officier putschistes de la garde nationale chypriote, EOKA B. La République turque de Chypre du Nord nait alors. La situation ne connut pas d’espoir d’amélioration jusque dans les années 2000. En 2002, Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations unies, proposa un plan fédérateur portant son nom. L’objectif était de réunifier les deux entités grecque et turque, le plan insistant sur trois points : le sort des réfugiés grecs au sein de la partie nord, dont le retour n’était pas prévu par le plan, celui des « colons turcs », qui se seraient vu accorder le droit de rester à Chypre, contrariant une fois de plus la communauté grecque, ainsi que la question des troupes turques, qui représente environ 35 000 soldats sur l’île. Le plan a contraint la Turquie à une démilitarisation massive, autorisée à ne conserver que 650 soldats après 2018. Ce plan fut soumis à un référendum, et accepté par les turcs mais non par les grecs, qui y voyaient plus d’inconvénients que d’avantages

L’entrée de Chypre au sein de l’Union Européenne : un espoir déçu

Le pays est membre de plusieurs organisations internationales, dont l’ONU, l’OMC, l’OSCE et l’OIF (organisation internationale de la francophonie). La question chypriote ne peut plus être considérée comme une question exclusivement nationale puisqu’elle s’inscrit désormais dans le cadre des diverses décisions adoptées par ces Organisations. Son entrée dans l’Union Européenne reste le plus grand tournant de sa politique du XXIème siècle.

La demande d’adhésion à l’Union Européenne a suscité de nouveaux différends au sein du pays : Chypre a présenté sa demande d’adhésion au nom de toute l’île, ce qui fut critiqué par les dirigeants de la République Turque de Chypre du Nord, qui considéraient que Nicosie ne pouvait guère engager l’ensemble de l’île dans cette démarche. L’Union Européenne, ne reconnaissant pas cette entité turque, ne donne aucune légitimité à cette revendication. Chypre entre alors au sein de l’Union Européenne, appuyé par la Grèce, ce qui suscite de nombreux espoirs quant à la réunification et la pacification de l’île. Même si cette adhésion eu de nombreux points positifs au niveau économique, elle n’a pas permis une amélioration de la situation politique. Depuis lors, la question interminable de la division de l’île ne cesse de produire ses effets négatifs, en dépit des pourparlers continuellement menés, sans succès jusqu’à présent, entre les différents leaders des deux communautés.

Les enjeux stratégiques de la région

L’île d’Aphrodite est toujours dans une impasse : des négociations en vue d’une réunification, menées sous l’égide de l’ONU, furent entreprises en juillet 2017, sans aboutissement concret. Les dirigeants turcs refusent catégoriquement d’évacuer les soldats présents dans le nord de l’île, et réclament un accès aux gisements d’hydrocarbures et un nouveau partage des eaux. Ce territoire de 9 251 km² est principalement contrôlé par la Grèce, qui souhaiterait posséder entièrement l’île afin de renforcer sa capacité à bloquer l’ensemble des ports turcs de Méditerranée. La région est source de nombreuses convoitises, comme l’illustre la présence éventuelle de gisements sous-marins d’hydrocarbures.

 

La Turquie, en poursuivant son attitude hostile dans la région, marque une fois de plus son décalage face à l’Union Européenne. La récente élection d’Ersin Tatar, l’homme lige de la Turquie, renforce la position de ce pays dans la région, et n’est donc pas annonciatrice d’évolutions.

 

Par Claire Courtin, L3 Science Politique

 

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